Salon de l'Agriculture: qui fixe le prix des produits agricoles?

A l’initiative de Karine Le Marchand, certains patrons de la grande distribution se réunissent ce mercredi au Salon de l’agriculture, afin de proposer des initiatives pour une plus juste rémunération des agriculteurs français.
Dans une filière en crise, il n’est pas évident de comprendre qui fixe le prix des produits agricoles. De nombreux acteurs ont une responsabilité dans cette fixation du prix : grande distribution, pouvoirs publics, abattage… Les prix sont principalement fixés selon l’offre et la demande. Pour Philippe Chalmin, économiste et fondateur de CyclOpe, la vente directe "reste très marginale".
"Nous ne consommons que très peu de produits non transformés" explique-t-il.
En ce qui concerne les matières premières agricoles comme le colza, le blé ou le maïs, le prix va être fixé par les marchés internationaux, selon la loi de l’offre et de la demande. En Europe, c’est le marché géré par Euronext qui fait référence. Aux Etats Unis, c’est le Chicago Board of Trade. Ainsi par exemple, dans le cas du blé, selon Arthur Portier, consultant senior chez Argus Media, "l’origine française est difficile car les coûts de production du blé en France sont plus élevés que dans les pays de la mer Noire par exemple." La fixation du prix est très influencée par la géopolitique :
"A titre d’exemple, en 2018, 50% du blé français exporté hors UE allait en Algérie. Mais avec le refroidissement des relations, l’Algérie va plutôt aller acheter dans d’autres pays comme l’Ukraine ou la Roumanie. Cela se répercute directement sur le paysan" détaille Arthur Portier.
Le prix du porc quant à lui est déterminé en Bretagne, plus précisément sur le marché au cadran de Plérin, où 60 % de la production nationale de porc est réalisée. Sur ce marché, les éleveurs proposent leur production aux abattoirs via un système d'enchères dégressives : l'acheteur avance une offre de prix, que les éleveurs peuvent accepter ou refuser.
Ce marché de Plérin sert de référence pour la tendance des prix au niveau national. Les abattoirs revendent ensuite la viande à la grande distribution, en négociant les prix directement. Enfin, la viande est commercialisée dans les supermarchés et hypermarchés, où les enseignes fixent les prix, comme l’explique Le Monde.
Pour le bœuf, les éleveurs vont négocier le prix avec les négociants ou l’abatteur. Ensuite FranceAgriMer, en se basant sur le prix d’achat déclaré par l’abatteur, va calculer une tendance moyenne. La grande distribution peut aussi acheter en grande quantité à un prix fixe, et ainsi faire pression sur le prix proposé par l’abatteur.
Pour les volailles et le veau, les contrats se font directement avec les industriels, sans principe de cotation.
Les prix des fruits et légumes en France sont en grande partie fixés par l'offre et la demande, et par des structures telles que le Réseau des Nouvelles des Marchés (RNM) qui va jouer un rôle clef dans leur cotation. Cette logique ne va pas être suivie par le marché du bio, comme l’explique sur Franceinfo Pierrick de Ronne, président de Biocoop. Chez Biocoop, "le prix est fixé sur la base du coût de production du producteur et pas sur des marchés de bourse, à Chicago ou ailleurs" explique-t-il.
Le prix du lait, lui, va obéir à des règles complexes. Il existe deux modèles d’entreprises laitières en France : les industriels privés et les coopératives. Ce qui entraîne "deux modes de fixation" du prix de base, décrit François-Xavier Huard, à la tête de la Fédération nationale de l’industrie laitière à Ouest France. Le prix du lait va être fixé selon des indicateurs déterminés au niveau mondial, comme le beurre, la poudre de lait, les fromages. Mais aussi selon le prix de vente dans d’autres pays, comme l’Allemagne. Le prix peut également varier en fonction de la qualité du lait.
"Il n’y aucune régulation des prix sur les marchés mondiaux et locaux, c’est pour cela que l’on se retrouve dans des situations où le prix ne couvre pas la réalité de ce qui a été dépensé" explique Philippe Chalmin, décrivant des prix "instables".
Par ailleurs, rien n’interdit à une enseigne de grande distribution de se fournir à l’étranger, même si des actions ont été mises en place, via des labels.
Ces méthodes de fixations de prix alimentent les tensions. Chacun essaie de tirer son épingle du jeu, que ce soit l’éleveur, le consommateur, la grande distribution, le négociant… Quant aux éleveurs, ils critiquent une hausse de leurs coûts de production et une chute des cours des produits. Les difficultés climatiques s’ajoutent à ces problématiques.
Afin de répondre à ces enjeux et protéger le revenu de l’agriculteur, les lois Egalim ont été adoptées. Producteurs, industriels et distributeurs doivent mettre au point un indicateur de coût qui fait référence. Mais ces lois sont critiquées en raison d'un manque d'applicatio effective selon les filières.
C’est pourquoi il y un an, Emmanuel Macron a souhaité rendre systématique la fixation de ces indicateurs grâce au prix plancher. Le principe est simple : définir le coût minimum d’un produit agricole, qui devra être suffisant pour couvrir les coûts de production, la main d’œuvre, les charges et la protection sociale. Une mesure qui n’a pas été suivie mais dont Emmanuel Macron a confirmé maintenir le cap le 22 février.
BFM TV